Bonjour à toutes et à tous

A travers la rubrique de ce blog "La parole est à vous", Roland - qui anime l'atelier "écriture poétique" tous les lundis - m'a fait parvenir 2 petits textes de son cru que j'ai le plaisir d'éditer aujourd'hui.

Voici le premier:

 

Métamorphose

L'herbe de ce printemps était animée de mille fleurs nouvelles. Dans cette végétation, le ruisseau promenait son eau claire à travers la prairie. Eve s'étirait, languissante, les bras relevés, bien parallèles au dessus de sa tête, le corps cambré par cet étirement. Enfin, relevant le haut de son buste, elle plaça ces deux membres par derrière elle. Une dentelle naquit autour d'eux, diaphane, légèrement veinée, s'arrondissant ainsi qu'un fuseau.

J'admirai ce prodige sans pour autant m'en étonner. Le spectacle devint féerique dès lors que les dentelles, s'étant substituées aux membres, s'agitèrent.  Le cou d'Eve, qui était long, poussa sa petite tête pour la suspendre au plus haut et ses yeux magnifiques se multiplièrent à l'infini tandis que la dentelle bleuissait dans une teinte électrique.

La magie poursuivait la mutation. Le corps s'effila et les jambes se soudèrent pour former un long cylindre qui se coudait avec élégance, articulé par de fines sections.

Sur cet appui Eve se redressa. Elle tourna son admirable tête vers moi et me considéra de ses mille facettes d'une manière fort insistante. Les dentelles se mirent à vibrer et Eve se souleva ainsi qu'un hélicoptère, se tint un instant immobile puis, dans un élan saccadé vint prendre place par dessus le rocher sur lequel j'étais adossé.

"C'est un tour magistral que tu nous fais là" lui dis-je.

Seule la vibration de ses broderies nervurées, qui s'étaient développées sur le thorax, me répondit. Je compris que la mutation était trop parfaite pour être accompagnée du langage.

Aussi proposai-je, pour prolonger le phénomène, de traduire notre dialogue à l'aide d'un code ailé, une vibration pour Oui, deux vibrations pour Non.

Un simple tremblement des ailes me confirma l'acquièsement.

  " Eh bien ma mie, je suis en extase de cette transmutation. Comptes-tu rester longtemps dans cette situation ?"

Je perçus un battement d'ailes.

"Je suppose que dans un moment tu vas reprendre ton aspect initial ?"

Ce sont  deux battements d'ailes qui me répondirent...

Eve s'éleva alors lentement vers le ruisseau et se posta, immobile, sur les roseaux...

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oeuvre d'Albert Herman Schmidt

 

Le second texte, est une anecdote qui sent le vécu semble t-il...

Il n'y a pas de titre.

 

Je n'ai que peu de fois emprunté l'avion. Je n'y ai jamais égaré mes bagages. Lorsque la douane existait encore en Europe, jamais elle ne s'est intéressée à ce que je transportais.

Juste une fois, au Maroc, où les gabelous voulurent visiter l'une de nos valises.

Ils y découvrirent un flacon de whisky, produit officiellement proscrit en terre musulmane. Le douanier exultait, brandissant la bouteille tel un emblème pris à l'ennemi!  Bien vite, il attira l'attention de ses collègues, par ailleurs très affairés.

Ils se regroupèrent autour de l'objet du délit considéré comme un trophée.

Avec un bel ensemble, ils se composèrent une mine contrite jusqu'à ce que l'un d'eux, voulant vérifier la tenue du bouchon, révélât que cette bouteille était factice et qu'elle recelait  en fait un porte cigarettes - vide - dont les éléments, telle une fleur de métal, vinrent s'épanouir, en pétales tubulaires dorés, devant les fonctionnaires ébahis.

Le simili bouchon était un briquet à essence.

Ils se contentèrent de le saisir, sans motif réel  et sérieux hormis leur frustration...

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